Baromètre de l’industrie du design et de l’art de vivre : hausse des coûts et baisse des marges

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L’augmentation des prix est au cœur des préoccupations des acteurs – marques, prescripteurs et retailers – qui ont répondu au baromètre Maison&Objet de Février 2022. Au-delà du constat largement partagé, des réponses émergent.

À l’occasion de son baromètre, Maison&Objet interroge trois fois par an, la communauté  des acteurs du secteur sur les grands indicateurs du marché ou des points d’actualité. Données basées sur les résultats d’un questionnaire en ligne administré du 31 janvier au 10 février 2022 auprès de 820 Marques, Retailers ou Prescripteurs.

Tout augmente

Plus 19%. C’est la hausse des coûts estimée par les acteurs du secteur interrogés pour cette 3e édition du baromètre qui met l’accent sur l’inflation mondiale et ses répercussions sur l’activité des marques, prescripteurs et retailers. À juste titre : 64% d’entre eux affirment être fortement impactés par l’explosion des coûts des transports de marchandises. “The cost of shipping (and containers themselves) is the single largest driver of our margin challenges”, souligne un designer produit américain. Et 54% des marques et prescripteurs se déclarent fortement touchés par la progression du coût des matières premières. Dans le tiercé de tête de ces matériaux essentiels à la production et dont les prix s’envolent, le bois arrive en première position, suivi des métaux et des textiles. Mais la liste est sans fin, à l’image de la diversité des produits présentés ou recherchés : rembourrages et mousses, corne, métaux, pierres, grès, émaux, carton, vernis, laques, argile, or, colles… Une situation qui s’installe.

« Nous travaillons exclusivement avec des artisans indépendants qui sont aujourd’hui très fragilisés par ces augmentations incessantes et la pénurie de matière première… 

…en particulier le bois massif, chêne et noyer, qui partent massivement sur le marché chinois », déplore la responsable d’une autre marque établie en France. À terme, c’est aussi le maintien de la qualité des produits ou des prestations fournis qui inquiète.

Les répercussions se font sentir quelle que soit la taille de l’entreprise ou son activité et questionnent les acteurs sur leur mode de fonctionnement et d’approvisionnement. « Sans cesse nos fournisseurs, ayant des difficultés, nous augmentent les prix et les délais », constate le PDG d’une marque française qui redoute également les retards de livraison et les freins au lancement de nouvelles collections engendrés. Si les prix grimpent, “globalement les budgets clients n’augmentent pas”, remarque un architecte brésilien, « donc les clients sont moins enclins à dépenser sur les finitions d’un projet – ce qui est dommage pour eux et pour nous en tant qu’architectes, car cela devient de plus en plus difficile d’obtenir un rendu de qualité et préserver notre réputation ».

« donc les clients sont moins enclins à dépenser sur les finitions d’un projet »

Cette évolution des coûts qui se répercutent bien évidemment sur le prix des produits finis touchent prescripteurs et surtout retailers (boutiques, chaînes, e-commerçants, etc.) dont 62% se déclarent fortement impactés.

Hausse des coûts et baisse des marges

Face à ces augmentations, chacun cherche des stratégies pour amortir leur impact économique sur le fonctionnement de son activité, BtoB comme BtoC, et limiter leur incidence sur les prix des produits ou des prestations. Ces actions peuvent prendre la forme d’offres promotionnelles, comme pour cette enseigne grecque qui développe « la vente d’ensembles prêts-à-l ’emploi, sur lesquels on peut offrir un rabais, de quoi limiter les augmentations de prix sur des produits individuels ». Plus largement, cette flambée des coûts a une influence sur le choix des fournisseurs et la négociation. Ce sont de « plus grosses quantités commandées pour obtenir un rabais ou il s’agit au contraire de « travailler avec des petites entreprises ou plateformes qui offrent une plus grande souplesse » que des fournisseurs qui imposent des minimums de commande importants. Pour réduire les coûts de transport, d’autres cherchent à « remplir les containers au maximum » ou prévoient des commandes groupées.

Malgré les solutions mises en place pour atténuer les effets de cette inflation, 59% des acteurs ont augmenté leurs prix sur les 4 derniers mois et 66% prévoient de le faire sur les 4 prochains. Sans pour autant annuler les conséquences sur leurs marges :  58%des acteurs les ont baissées sur les 4 derniers mois et 41% prévoient de le faire sur les 4 prochains. La propriétaire d’une boutique installée dans le sud-est de la France a choisi ainsi de ne pas répercuter « les frais de transport mis en place par certains fournisseurs », quand une marque londonienne reconnait de son côté qu’« en freinant les augmentations, on parvient à acquérir des clients avec des marges moins élevées, mais c’est temporaire ».

Optimiser, réorganiser, relocaliser

Face à la hausse des prix et au rétrécissement des marges, de nombreux acteurs sont engagés dans une réflexion sur l’organisation et le fonctionnement de leur entreprise. Le sourcing des produits et des matériaux se relocalise.

« Nous constatons une forte demande pour des produits fabriqués en Europe. En ce moment, 50% de notre production est européenne »

note un grossiste belge.

Une démarche qui s’accorde avec les attentes désormais affichées des consommateurs. « Les clients regardent la provenance des produits et favorisent la production de France et d’Europe », constate de son côté la responsable d’une boutique en France.
Cette optimisation peut aussi prendre la forme d’une rationalisation des gammes pour les fabricants, d’un renouvellement des fournisseurs côté retailers. Alors que 31% des marques sont fortement impactés par la hausse de coûts des emballages et des conditionnements liée à la pénurie et à aux prix de plus en plus élevés des dérivés du bois, la récupération est désormais une option. « Nous recyclons dans nos colis expédiés à nos clients tout le calage de nos fournisseurs. Seul le carton est neuf car nous n’achetons aucun emballage et calage », détaille une e-commerçante française.

Au regard de ces difficultés, après une année 2021 qui s’avère, selon les réponses des interrogés, globalement dynamique, les ventes se stabilisent. Sur les 4 derniers mois, 40% des acteurs ont maintenu leur chiffre d’affaires et 29% ont enregistré une augmentation. Et sur les 4 prochains, les perspectives restent encourageantes malgré un ralentissement attendu de l’activité. Et si 36% estiment que les perspectives en termes de chiffre d’affaires sont positives, d’autres font émerger une autre équation dans laquelle le prix est un enjeu important : répondre à une clientèle de plus en plus exigeante, en attente de produits plus écoresponsables mais peu disposée à accepter les surcoûts et à dépenser plus. Un autre défi lancé à la profession.

Téléchargez l’infographie complète 

Pour les résultats complets de l’enquête suivez ce lien : Baromètre #3 Maison&Objet 2022

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